Jeanuine, ou comment toujours porter son jean préféré ?

Le Jean est un objet de grande consommation mais il reste pour autant un vêtement mythique. Au moment de choisir "son" jean, notre goût est variable. Un peu plus long, plus large, une coupe plus serrée ou une boutonnière argenté ou dorée, les combinaisons sont sans fin. Mais, au moment du choix, nous avons tous nos préférences.

Des entrepreneurs y ont vu un problème digne d'être résolu et ont lancé une startup hors-norme, appelée Jeanuine, destinée à vous aider à porter votre jean, celui qui ne ressemble à aucun autre et qui vous plait à 100% ! Rencontrons un des fondateurs, Sebastien Gilbert.

Sébastien, où as-tu grandi ? 

Je suis originaire d’Alsace, d’une petite ville (St-Louis) à la frontière avec la Suisse et  l’Allemagne. C’est un endroit intéressant car vous pouvez littéralement vous réveiller en France, passer la journée en Suisse et sortir le soir en Allemagne, tout en rentrant chez vous une fois la journée terminée ! J’ai ensuite continué mes études dans la ville de Strasbourg, où j’ai fini un cursus pour devenir professeur des écoles ou bien encore prof d’éducation physique. C’est une fois ce diplôme en poche que j’ai réalisé que je voulais certainement faire autre chose de ma vie finalement. J’ai pris une année « sabatique » à voyager et travailler en Angleterre et en Australie pour « voir le monde », découvrir d’autres choses. C’était une très belle expérience, si je pouvais conseiller une chose à un jeune de 22-25 ans, c’est de prendre son sac et d’aller vivre une expérience à l’étranger, cela ouvre vraiment l’esprit sur ce qu’il est possible de faire dans le monde qui nous entoure. Et vous n’avez pas besoin d’un compte banque rempli pour réaliser cela. Je me souviens avoir débuté mon aventure avec 300€ sur mon compte en banque ! J’ai commencé avec un boulot qui offrait le logis en plus du salaire pour lancer l’aventure.  

Dis moi en plus sur ton parcours. J’ai cru comprendre que l’Asie avait joué un grand rôle ?

Oui en effet, surtout ces dernières années. C’est en revenant de mes voyages que j’ai commencé une école de commerce qui permettait de réaliser des stages en entreprise à l’étranger. J’avais en quelque sorte attrapé le virus du voyageur, je souhaitais continuer tout en me construisant un bagage qui pourrait m’être utile à l’avenir. J’ai fini ce nouveau cursus aux Philippines en travaillant pour une boite française qui vend des services sur internet, notamment du contenu premium lié à la nutrition. C’est là-bas que j’ai appris comment fonctionnait le business internet. Cela fait maintenant 5 ans que je suis basé là-bas, je suis devenu familier avec ce nouvel environnement, j’y ai rencontré beaucoup de personnes qui m’ont inspiré et/ou aidé sur mes projets personnels.

Pourquoi avoir lancé Jeanuine ?

C’est certainement lié aux rencontres et aux expériences que j’ai pu avoir ces dernières années, car je ne viens pas exactement d’un environnement qui promeut l’entreprenariat. Non pas qu’il le dénigre loin de là, mais c’est juste un sujet qui ne trouvait que rarement sa place dans les discussions que je pouvais avoir. Et puis j’ai commencé à travailler ici et là pour des petits business dans lesquels j’ai été en contact direct avec les fondateurs. Cela m’a fait prendre conscience de l’aventure que ces personnes vivaient d’un point de vu personnel, les problématiques qu’ils rencontraient, la liberté aussi qu’ils avaient de pouvoir répondre à celles-ci de la manière dont ils le souhaitaient. Je me souviens avoir travaillé en Angleterre pour la chaîne Burger King, en même temps que pour un petit resto tenu par un couple d’une 40aine d’années. La différence entre une multinationale et une PME (voir TPME) dans l’environnement de travail était bluffante. Je crois que c’est à ce moment que j’ai pris conscience que construire son propre projet pouvait être une belle histoire, notamment au niveau humain.

Donc pour revenir à la question, j’ai lancé Jeanuine car je souhaitais avoir plus de liberté sur la manière dont je vivais ma vie. Mais bien sur cela ne suffit pas, il faut également avoir une idée et surtout il faut aimer ce dans quoi vous vous lancez ! J’ai toujours eu un attrait pour ce qui était liée à la création. A l’époque de mon école de commerce je me souviens avoir travaillé sur un projet de personnalisation de chemise, et en arrivant aux Philippines j’ai découvert un artisan qui proposait des jeans customisés. Dans mon esprit tout est allé très vite. En voyant à l’époque que personne ne proposait de service en ligne pour ce type de produit, je me suis mis cette mission en tête : j’allais créer un service simple à utiliser, qui permettrait à toute personne le souhaitant de pouvoir personnaliser son jeans, tout en travaillant sur la qualité du produit.

A cette époque j’ai approché plusieurs fabricants, en Chine, en Inde, aux Philippines aussi bien sur, pour leur proposer le projet. Personne ne souhaitait se lancer dans celui-ci, ou alors la qualité des samples que je recevais était d’une qualité qui ne passait pas mes standards. Je souhaitais vraiment avoir un jeans aussi clean que ceux que des marques comme « Diesel » ou encore « 7 for all mankind » peuvent proposer. Tout le monde disait que la personnalisation était trop compliqué, que les volumes ne seraient pas assez intéressant etc. C’est uniquement après plusieurs mois de recherches et d’essais infructueux (et un concours de circonstances) que j’ai rencontré Mickael (Villardo, co-fondateur Jeanuine). Sa famille travaillait dans le milieu du denim depuis plusieurs décennies aux Philippines, il a été séduit par le projet. Il m’a montré des samples de jeans avec la qualité que je recherchais, m’a expliqué que l’on pourrait mettre en place un système de production alternatif, mixant des machines utilisées pour la production de masse, tout en permettant d’avoir la flexibilité nécessaire la fabrication de pièces uniques.

Après une discussion à trois (avec Julien également, co-fondateur Jeanuine), nous sommes tombés d’accord sur le faite de se lancer dans l’aventure tous ensemble.

Pourquoi immatriculé votre entreprise à Hong Kong ?

Pour des raisons administratives clairement. Les 3 fondateurs Jeanuine vivent aux Philippines, mais le pays interdit à une entreprise fondée sur place d’être possédée à plus de 49% par des étrangers. A partir de là, nous avons cherché une solution proche de nous pour que l’aspect administratif ne viennent pas bloquer notre projet. Hong Kong se trouve à une heure de vol de chez nous, offre une stabilité identique à celle que l’on peut trouver en Europe ou aux Etats-Unis, et les lois régissant la création d’entreprise permettent à ceux en charge du projet d’être légalement propriétaire de celui-ci. C’était une solution pour pouvoir lancer officiellement le projet. Mais nous sommes déjà entrain de regarder pour ouvrir également une entité en Europe maintenant que nous sommes mieux structurés.

Qui sont vos clients ? Quels sont leurs besoins ?

Nos clients sont des personnes qui sont à la recherche d’un produit qu’ils ne trouvent pas dans le réseau de distribution classique. Pour certaines personnes, c’est l’aspect personnalisé qui fait mouche. Ils aiment avoir des produits différents, ils aiment se faire plaisir avec des produits uniques, de qualité. Ils trouvent avec Jeanuine une marque qui leur permet d’assouvir ce désir.
Une autre population, sont les personnes qui ont des difficultés à trouver des jeans à leur taille, notamment les grandes personnes. Encore une fois, avec Jeanuine ils trouvent une solution qui répond à leur besoin grâce au sur mesure.

Pourquoi choisissent-ils Jeanuine ?

Comme je l’expliquais auparavant, c’est soit par désir, soit par besoin. Ce qui est important pour nous ensuite c’est que nos clients se rendent compte de la qualité de nos jeans et du service que nous mettons en place. Nos équipes du service client suivent individuellement tous les jeans en production et les clients reçoivent des nouvelles de leur jeans tout au long de la phase de production. Nous sommes une petite structure dans un marché du denim dominé par de très gros acteurs. Nous devons utiliser notre flexibilité pour nous différencier sur certains aspects. La personnalisation en est un, mais la qualité de nos produits et de notre relationnel client est tout aussi important à nos yeux.

Le Jean est-il le meilleur produit à “personnaliser” ? N’y-a-t-il pas plus simple à produire ?

Si on s’intéresse à l’aspect « Production », la réponse est simple : « non » ! Il s’agit d’un produit compliqué car beaucoup d’éléments rentrent en compte pour avoir un bon « fit ». Tu sais à quel point ce « fit » est important pour un jean. Nous avons pris beaucoup, beaucoup de temps à définir celui-ci pour Jeanuine. Entre le type de tissu que vous utilisez, le type de délavage, le type de coupe et le genre (Homme-Femme) bien sur, plusieurs éléments sont à prendre en compte. Aujourd’hui, tout le travail réalisé en amont pour définir nos « fits » paie, car le taux de satisfaction de nos clients est très haut, et plusieurs personnes re-commandent après avoir tenté l’expérience une première fois.

Et à l’international, avez-vous prévu d’ouvrir de nouveaux pays et d’y commercialiser votre offre ?

Oui nous sommes entrain de finaliser la version anglaise du site d’ailleurs. D’ici quelques semaines nous commencerons à communiquer dessus, notamment pour les marchés anglais et scandinave. Nous gardons notre focus sur l’Europe pour le moment. Cependant, nous livrons déjà partout dans le monde, pas de discrimination là-dessus !

L’Europe est comme cette entreprise traditionnelle qui est présente depuis des années et cherche un moyen d’innover.
— Sebastien Gilbert

Aujourd’hui, êtes vous un industriel du textile ou un nouvel artisan du Jean ?

Aujourd’hui, un artisan du jean. De par la structure que nous avons en place et le volume de production, nous sommes dans l’artisanat. Cela nous permet de garder un focus fort sur la qualité et le service. Mais nous ne sommes pas fermés à l’idée de proposer d’autres types de produits que le jeans dans le futur, même si ce n’est pas encore à l’ordre du jour. 

Il y a beaucoup d’entreprise traditionnelles, qui sont dans la mode depuis des dizaines d’années, qui voudraient se muer en “société innovante” et personnaliser leurs produits... Quel conseil leur donneriez-vous ?

D’un coté c’est un investissement financier qu’il faut pouvoir se permettre, car l’innovation a un coup, il y a un vrai processus de R&D à mettre en place pour des structures qui sont en place depuis longtemps. Ensuite, la personnalisation d’un produit demande de créer des process différents de ceux que ces sociétés doivent connaitre, et on sait que changer une structure qui tourne depuis des années peut être compliquée. Aujourd’hui on voit un certain engouement pour les produits personnalisés, si une société peut se le permettre, ce serait dommage de rater ce nouveau marché. Et puis cela donne une image positive à la marque je trouve, prouvant sa flexibilité, sa capacité à écouter les désirs de ses clients et les intégrer dans sa stratégie d’innovation.

Comme le souligne certains en France, les sociétés américaines ou asiatiques s’organisent d’une façon radicalement différente, pour viser un maximum d’agilité. Ne croyez pas que l’Europe souffre de l'absence de cette culture ?

Est-ce que cette culture nous manque ou est ce que l’environnement qui nous entoure nous empêche de la mettre en place ? C’est le même parallèle que ce dont on parlait avant. L’Europe est comme cette entreprise traditionnelle qui est présente depuis des années et cherche un moyen d’innover. C’est plus compliqué car il y a des choses qui ont été mis en place à une époque et qu’il faut aujourd’hui faire évoluer. Hors paradoxalement c’est parfois plus facile de partir d’une page blanche. 

Merci beaucoup pour cette interview !

Merci à toi Laurent pour cette opportunité. J’espère que le parcours de Jeanuine réussira à inspirer certaines personnes, et pour ceux qui souhaitent tenter l’expérience, je les invite dès aujourd’hui à découvrir notre application Jean Maker sur www.jeanuine.com

Posted on June 25, 2014 and filed under Interview.