BlendWebMix 2014 : un mix plein d’énergies

BlendWebMix s’installe avec sa deuxième édition comme une conférence de référence pour le web. Vous me direz que je suis enthousiaste parce que je suis moi-même lyonnais et que j’ai eu la chance d’y participer (les slides de la conf bientôt !). Mais le bilan très positif de cet événement dépasse ces aspects.

Blend, c'est d'abord une volonté de mélanger différentes communautés qui vivent souvent dans des univers parallèles et sont éparpillées dans d'autres conférences. Blend est l’un des rares lieux où se croisent Investisseurs, Développeurs, Entrepreneurs, Designers et Chercheurs. Car le Web, et plus largement le numérique, est un univers très large où les idées naissent, demandent parfois à repousser les limites théoriques, permettent de créer des entreprises et demandent des financements pour être développées à leur plein potentiel.

Grâce à ce mélange, Blend porte une énergie fantastique. Une énergie communicative qui m’a donné envie de vous raporter les meilleurs moments et paroles entendues lors de ces deux jours riches et intensifs.

Sus aux déclinistes, “ca va chémar” !

Blend s’est ouvert sur un superbe sketch de Jerry Nieuviarts : dans une parodie de ce que nos medias nous rabachent tous les jours, il a dénoncé le French Bashing. Cette idée qui voudrait que tout ce qui est francais est mauvais, que les francais ne seraient plus innovants, et que les produits francais seraient tous de mauvaise qualité. Bref, clamant haut et fort et dans le rôle du clown, que tout va mal et qu’on y arrivera jamais, Jerry nous a montré l’absurdité et la bêtise des déclinistes ! Merci Jerry.

Investisseurs cap sur l’international

Jean David Chamboredon, ISAI, nous a expliqué comment Blablacar réussit à se développer en Europe sur le covoiturage à distance : en utilisant sa levée de fonds pour prendre des positions dans des pays où il n’y a pas encore d’autres alternatives. En somme, une vraie stratégie à l’américaine de First Mover ! Plus encore, il insiste sur l’idée qu’il faut aller à l’international dès que possible et ne pas attendre. Trop souvent les entreprises françaises partent timidement, d’abord en Europe du Sud, puis cherchent à s’étendre, mais il est alors trop tard, car d’autres ont pris des positions et le marché est déjà mature. Jean David nous rappelle ce que des pays comme la Finlande ou Israël ont bien compris depuis longtemps : la France, c’est un marché trop petit pour une startup du numérique et il faut se développer très vite en dehors de nos frontières.

Olivier Mathiot, Price Minister, détaille une autre idée : il manque en France des champions pour consolider et catalyser le marché. Si on peut trouver des financements pour des projets innovants via des fonds publics (BPI) ou privés (Business Angels), si on peut trouver des investisseurs pour réaliser les premières levées de fonds, il est très difficile de développer des entreprises plus établies mais qui ont besoin de financements pour continuer leur développement, ouvrir de nouveaux marchés à l’étranger ou encore lancer de nouveaux produits complémentaires sur leurs marchés actuels. D’autres nations réussissent à propulser leurs entreprises qui marchent bien pour en faire des super champions internationaux.

Enfin côté investisseur, Marie Ekeland, nous rappelle que le développement international, c’est aussi faire venir les talents de l’étranger en France. Elle a raison. Développer notre attractivité pour les meilleurs étrangers est sûrement plus profitable pour nos “territoires” sur le long terme !

Entrepreneurs, attention aux univers parallèles

Blend, ce fut aussi l’occasion d'entendre la parole d'autres entrepreneurs. Des mots pleins de bon sens et remplis expérience !

A commencer par l'iron-man de l’entrepreneuriat qu'est Sébastien Forrest. Sébastien nous a détaillé l'histoire faite de hauts et de bas d'AlloResto.fr : parti comme une balle avec une levée de fonds de 10 millions de francs (1,5 million d’euros), l'entreprise a frôlé le point de non retour. Dans un moment mêlant douleur humaine et courage, l'entrepreneur licencie 27 personnes sur 30 et repart avec une équipe ultra minimale, lean dirait-on aujourdh´hui. Bien lui en a prit, AlloResto est reparti avec un train de vie de PME, réinvestissant les profits générés. Aujourd'hui, la belle PME vise 60 millions d'euros de CA avec une croissance annuelle soutenue. Une leçon.

Ensuite, au travers des témoignages de Sogilis pour le projet Hexo+ et de la sympathique Startup Prizm, nous avons assisté à une vraie désacralisation de Kickstarter. Alors que le crowdfunding semble être une solution miracle qui marche toute seule, ces deux sociétés nous ont expliqué qu'une campagne Kickstarter se prépare et demande un investissement initial :

  • pour produire une vidéo qui aura été testée et améliorée auprès d'utilisateurs sponsors. 
  • pour trouver à l'avance près de la moitié des acheteurs/backers visés : une bonne campagne Kickstarter doit partir sur les chapeaux de roues. 
  • pour recruter et assurer une animation presse et social media sans faille. Sinon la campagne retombera comme un vulgaire soufflet ! 

Il n'y a donc pas de magie avec le crowdfunding mais beaucoup de savoir faire et de préparation. 

J'ai aussi beaucoup apprécié la conférence de Guillaume Martin sur les limites de la Lean Startup. Ne vous y trompez pas, Guillaume est un fervent supporter de cette "méthode". Mais à la lumière de sa propre expérience avec Pictarine, on comprend qu'il y a des trous dans la raquette d'Eric Ries. D'abord la compréhension du fameux Minimum Viable Product. Minimum ne veut pas dire de mauvaise qualité ou bâclé ! Le challenge est bien de faire un produit. Quant à Viable, ça veut aussi dire “Vendable” c'est à dire que le produit apporte suffisamment de valeur pour qu'un utilisateur devienne un client ! Guillaume insiste aussi sur l'importance des activités de sales&marketing que la Lean Startup aurait tendance à oublier. 
Enfin, il ironise avec raison sur la pudeur de certains : ils pivotent c'est à dire qu'ils changent d'orientations business de façon assez radicale....pivoter voulant en vérité dire : je me suis planté et maintenant j'essaie autre chose ! Et il n’y a bien sur aucun jugement de valeur dans l’échec, mais l’entrepreneur doit l’admettre, le reconnaître pour ensuite être capable de l’analyser et d’en tirer des enseignements. 

Une chose est sûre. C’était un bel esprit qui régnait lors de Blend : Ceux qui ont réussi, ceux qui ont échoué, c’est à dire ceux qui ont appris, doivent aider les autres !

Mais aussi, Chercheur, Designer et Développeur

Les désigners étaient présents en force lors de Blend et nous ont encore une fois ouvert les yeux sur leur noble art. Au gré de jolies conférence, Geoffrey Dorne, Sébastien Desbenoit ou encore Raphaël Yharrassarry nous ont démystifié leur métier. Geoffrey a d’ailleurs publié d’ailleurs un compte rendu détaillé sur son blog
 
Dans l’esprit Blend, j’avais réservé une partie de mon agenda pour les présentations de chercheurs. J’ai particulièrement apprécie l’intervention de jeunes chercheurs autour des MOOC. Ils ont détaillé l'essor de ces nouvelles méthodes d’apprentissage. Ils nous ont expliqué leur difficulté exploiter les données d’interaction des utilisateurs et  par conséquent comprendre comment mieux apprendre. Et puis j’ai vécu un dîner passionnant avec Stephane Grumbach autour de la notion de territoires à l’heure du numérique : nos Etats et leurs territoires historiques, les grandes plateformes qui tiennent nos données personnelles constituant des territoires numériques. Qui des deux vous délivera demain votre carte de sécurité sociale ? Pour Stéphane, pas sûr que cela soit les Etats Nations de notre “vieille” Europe.

Avec un programme aussi riche, il faut dire que je n’ai pas pris le temps de participer à beaucoup de conférences techniques, mise à part celle sur Go, le langage de programmation novateur.

Mon petit grain sel

J’ai pu aussi participer en tant que Speaker avec une conférence dédiée aux techniques de Pretotyping. Les lecteurs fidèles de ce site auront reconnu une partie du contenu de l’article "Comment créer un produit qui répond à un marché ?". Mais j’avais pris soin d’enrichir le contenu avec d’autres exemples. Pour ceux qui n’étaient pas à Blend, je prépare un billet avec ces extras et aussi l’intégralité des slides de ma conférence !

Vous l’aurez compris, j’ai adoré le BlendWebMix, c’est un mix plein d’énergies. Pour conclure, je remercie tous ceux qui ont tweeté, photographié et surtout qui sont venus me voir pour discuter suite à mon intervention. 

Bloggeur, c’est parfois ingrat : écrire seul dans son coin et toujours se demander ce que ses lecteurs peuvent bien penser. J’ai pu avoir des retours en direct et ils m’ont tous fait très plaisir.

Merci beaucoup !

Posted on November 2, 2014 and filed under Innovation.